Nothing2Hide aux 4M de Jakarta

Une soixantaine de journaliste professionnels et journalistes citoyens étaient réunis à Jakarta à l’initiative de CFI, l’agence française de soutien média, les 6, 7 et 8 avril derniers. Nothing2Hide était invitée. Au programme : ateliers et débats sur l’exercice de la liberté de la presse en Asie du sud est.

Un peu de contexte pour comprendre l’importance de ce type de d’événements : en Thaïlande, la directrice de Prachatai, Chiranuch Premchaipoen, plus connue sous le nom de Jew, a été accusée en 2010 de ne pas avoir retiré assez vite une dizaine de commentaire jugés offensant pour la monarchie. Au cours des multiples rebondissements s de cette affaire, Jew a encouru jusqu’à 82 ans de prison. L’histoire se finit presque bien puisqu’au final, Jew n’a écopé « que » de huit mois avec sursis assortis de 20 000 bahts d’amende (environ 500 euros) . Elle était présente à Jakarta et est désormais directrice de la Foundation for Community Educational Media.

Ateliers officiels

L’atelier de Nothing2Hide portait sur les moyens de protéger un média en ligne.

La première étape consistait à recenser les menaces potentielles auxquelles les sites web peuvent être exposés :

  • attaques DdoS,
  • censure basique (DNS),blocage avancé (DPI, ..),
  • vol et usurpation identifiants de connexion
  • attaque sur l’applicatif (failles connues, zero day, absence de mises à jour, etc.)

Une fois cet état des lieux dressé, il ne restait « plus » qu’à détailler les contre-mesures qu’il est possible de mettre en place afin de réduire les risques :

  • comment protéger son site web (les basiques), solution technique avec une  présentation de NAXSI (pare-feu applicatif web) open source de chez @nbs_system
  • quelles mesures prendre en cas d’attaques,
  • comment rendre un site accessible malgré la censure en place dans certains pays.

Jean-Marc Bourguignon animait cet atelier en compagnie de la journaliste philippine Gemma Mendoza, directrice du site d’information Rappler.
Ces conseils ont trouvé en compagnie de Gemma un écho tout particulier puisque Rappler s’est vu retirer sa licence  suite à la publication d’articles un peu trop critiques sur l’extrême violence de la guerre contre la drogue menée par le président philippin Rodrigo Duterte.

Ateliers officieux

En plus de cet atelier officiel, Nothing2Hide a improvisé un petit déjeuner autour de la sécurité numérique (à 7h30 du matin !!) pendant lequel nous avons distribué et installé sur les postes de journalistes thaïlandais , vietnamiens, philippins et birmans des outils de contournement de la censure et des outils de chiffrement des données (VPN et Veracrypt). Nothing2Hide héberge en effet plusieurs serveurs VPN et distribue régulièrement des accès à des journalistes indépendants ou des défenseurs des droits humains au cours de formations et d’événements.

À noter que le tout nouveau secrétaire général de ACMSEA, Anto, surveillait de près les participants, conscient de l’importance du sujet.

Pour les journalistes ET les citoyens

Le 4M réunissait  des professionnels et des non professionnels de l’information. L’information en Asie du sud et ailleurs –  sauf pour quelques esprits étroits qui pensent que seuls les professionnels contribuent  à informer les citoyens et que l’information n’est pas l’affaire de tous –  est loin d’être le seul fait des journalistes encartés.  De nombreux citoyens sont engagés pour informer leur pairs ainsi qu’en témoigne les contributions des médias communautaires.  Plusieurs ateliers portaient  d’ailleurs sur l’interaction entre ces deux mondes :

Aux 4M, journaliste citoyen n’est pas un gros mot.

Des partenariats

Cet trois jours ont été également l’occasion pour nous de rencontrer plusieurs associations de journalistes indépendants afin de monter des partenariats et dispenser des formations. Nombreux projets en vue !